29/5/2008 - Maxime Chattam
Voici un nouvel auteur que je suis en train de découvrir avec sa trilogie du mal. Voici une interview tiré du site evene pour mieux comprendre l'auteur : Vous dites que vous auriez aimé vivre toutes vos histoires. Vous êtes sûr que c'est aussi valable pour celle-ci ?
Oui et non. Ce que je veux dire c'est qu'en écrivant, j'ai l'impression de vivre des vies différentes, de ne pas rester chez moi avec une existence métro-boulot-dodo. Je me suis levé tous les matins, je me suis mis face à un ordinateur. J'ai écrit les aventures dont je rêvais gamin. Quand je regardais 'Tom Sawyer', je voulais vivre cette histoire-là. Sur la Seine, en face de chez moi, il y avait une île sauvage, si tant est que cela puisse être sauvage à Paris, et gamin, j'ai mis en oeuvre tout ce qu'il fallait pour traverser le fleuve… mais il n'y avait rien à découvrir, rien du tout. C'était une grande forêt avec des arbres et des vestiges de feux. Ce fut très décevant. Pas de Joe l'Indien, pas de trésor, ni d'aventure particulière. Toutes ces frustrations ont engendré mon envie d'écrire.
Vous aviez envie d'être détective, agent secret, archéologue...
Tout petit, je voulais être conducteur de camion-poubelle, parce que je suis un lève-tôt. Je voulais avoir mes après-midi de libres. Après, j'ai voulu être agent secret. Puis comédien. Ecrire un bouquin ça permet de changer de peau. Finalement, c'était là que je prenais le plus de plaisir parce que je contrôlais tout ce qu'il se passait. Je choisissais les personnages, ils vivaient les aventures que j'inventais.
Des aventures un peu gore dans ce livre ?
Je ne m'en donne pas à coeur joie dans le gore. C'est toujours pour signifier quelque chose. Dans mes trois premiers bouquins 'La Trilogie du mal', j'explorais ce qui se passe dans la tête d'un tueur en série. Dans 'Prédateurs', je voulais parler du côté Monsieur et madame Tout-le-monde de ces mêmes tueurs. Montrer que l'être humain est une nuance de gris. Dans 'La Théorie Gaïa' ce qui m'intéressait, c'était de montrer l'intérieur technique, matériel et concret d'un tueur en série. Faire une analyse psychiatrique ou psychologique de cette pathologie. Souvent à la relecture, je supprime des moments trop gore. La surenchère, c'est abominable.
Quelles étaient les limites que vous vous étiez fixées ?
Je ne voulais pas faire du 'Saw', ne pas sombrer dans le dégoût. En revanche, il y a beaucoup de clins d'oeil aux univers que j'aime : 'Aliens' de Cameron, pour le côté "on ne sait pas d'où ça vient" , "ils sont nombreux", "la nuit, le hangar, les lumières rouges". J'ai également beaucoup pensé à l'un des plus grands thrillers d'aventure, 'Jurassik Park'. Le film est divertissant mais rien de comparable avec ce livre. Je voulais que le lecteur soit pris à la gorge, de façon haletante d'un bout à l'autre.
Il y a une volonté de ne jamais s'égarer sur les terres du fantastique ?
Ce que j'ai à dire s'inscrit dans le domaine du concret. C'est ce qui me nourrit quand j'écris ces livres-là. J'adore le fantastique. Je me retiens depuis plusieurs années de faire un bon gros bouquin de fantastique. En revanche, j'aime bien jouer sur les codes. C'est grisant, de s'amuser, de jouer toujours à la limite du basculement.
Qu'y a-t-il de vrai dans 'La Théorie Gaïa' ?
Toutes les données anthropologiques, tout ce qui est chiffré et tout ce qui est du domaine de la planète. Je ne veux pas mentir au lecteur. Je mets tous ces éléments les uns à côtés des autres et je créé un tout. Ce tout pourrait être cette théorie-là. Vous y croyez ou pas.
Techniquement, vous vous asseyez face à votre ordinateur et collez des centaines de post-it devant vous ?
C'est presque ça. Je lis énormément de revues scientifiques. Un truc m'interpelle, je découpe la page. Je fais différentes piles en fonction des différents projets. Pour 'Maléfice', j'avais découpé un petit article dans 'Science et avenir' qui expliquait que la société canadienne avait réussi à lancer la production d'araignées et de chèvres génétiquement modifiées. Plein de corbeilles, plein de notes, et en fonction des idées je noircis des pages. C'est pour ça que j'ai des projets écrits pour dans 3, 4 ans. Avant la phase d'écriture, il faut trier, relire, mettre de côté ce qui est intéressant, creuser les idées. Deux mois de documentation intensive sont nécessaires. Je me déplace sur les lieux, je rencontre des experts, et pendant ce temps, je pense à la structure. Quand toute la construction narrative, les personnages et la documentation sont en place, alors je me mets à écrire. Avec l'expérience, j'arrive à écrire un livre en 5, 6 mois. Une fois le premier manuscrit rédigé, même si ce n'est pas publiable, mais juste lisible, je le donne à mon éditrice qui me dit ce qu'elle en pense. Puis si j'ai son feu vert, je retravaille la forme et peaufine mes personnages.
C'est plus de la littérature, c'est du sport ?
Oui, c'est sportif (rires). J'ai pris 20 kilos en dix ans !
Vous êtes un faiseur d'histoires…
Oui, un conteur. Me raconter moi ne m'intéresse pas. J'ai écrit un livre très personnel. Il est dans mon meuble de chevet. Ca s'intitule 'Le Coma des mortels'. Ce qui m'ennuie, c'est que mes proches m'ont dit que c'est la meilleure chose que j'aie écrite. Dommage. C'est une vraie projection de ce que je suis. Vraiment. Je me raconte. Je savais qu'il fallait passer par là pour ensuite être capable de raconter d'autres histoires.
Culte du "Moi, je", "Marketing viral", "Ecologie", 'La Théorie Gaïa' est-il un thriller engagé ?
Je préfère dire que c'est un thriller à thèses. 90 % des gens qui liront ce livre le verront comme un thriller et n'iront pas plus loin. Engagé. Oui, mais sur quoi ? De quelles manières ? Je ne suis pas du tout écolo. J'ai des préoccupations, j'ai des angoisses, comme tout le monde. Je suis une victime consentante. Je suis à la fois irresponsable sur certaines choses et responsable sur d'autres. Mais je me pose des questions. J'ai fait un bouquin en disant qu'on est tous coupables, et qu'il faut en prendre conscience.
Vous avez écrit pas mal de thrillers qui se déroulaient aux Etats-Unis, en montrant une certaine fascination pour le Nouveau continent. Dans 'La Théorie Gaïa', vous pointez du doigt le puritanisme, l'excès… Le gamin est-il désenchanté ?
J'en étais revenu dès le début, il y a une critique d'une société de consommation particulièrement américaine qui était le fond du livre 'In Tenebris'. La première fois que je suis allé aux Etats-Unis, j'avais 11 ans. J'y ai vu tout ce qui était formidable, je n'ai pas vu les mauvais côtés. Il m'a fallu grandir un peu et y retourner plusieurs fois avant de commencer à voir l'envers du décor. Je pense qu'à vingt ans avant de commencer à écrire le bouquin, j'étais déjà bien conscient de pas mal des déséquilibres américains. Mais la trilogie devait se passer aux Etats-Unis, c'était plus crédible.
Pourquoi ?
Un flic en France n'aurait pas pu mener ce travail d'investigation en solo. L'omniprésence d'un système avec un juge posait également problème. Aux Etats-Unis, le flic qui mène une affaire seule, ce n'est pas coutumier mais c'est possible. De même que le profiling aux Etats-Unis fonctionne encore beaucoup. Et puis là-bas tout est énorme, les camions de pompiers, les glaces, et je voulais faire une histoire énorme. Et comme j'avais la double culture parce que j'avais de la famille là-bas, cela ne m'était pas difficile. Après la trilogie, je suis passé en France car j'avais des choses à raconter ici. Finalement, j'essaie de trouver le lieu qui correspond le mieux à mon histoire. Le prochain thriller se passe à New York en amont de la trilogie. En revanche, celui que j'écrirai en 2009 pour une sortie en 2010, aura lieu à Paris en 1900.
Vous avez commencé à découper des articles ?
J'ai déjà la documentation, une étagère pleine de cartes, de plans et de photos de l'époque. Je n'ai plus qu'à tout digérer et à préparer mes histoires. Le livre, je peux l'écrire demain s'il faut. J'écris rapidement pour l'instant. Je fais partie des auteurs qu'on regarde un peu avec méfiance parce que j'écris beaucoup, parce que je fais des thrillers à l'américaine alors ils ont l'impression que tout est "marketé". Mais je ne donnerai jamais un livre à l'éditeur si je pense qu'il n'est pas prêt.
Pas d'angoisse de la page blanche ?
Pas vraiment, j'ai tellement d'idées ! En revanche, j'ai souvent peur de prendre la mauvaise trajectoire. Ma vraie crainte serait de faire un mauvais livre et de ne pas m'en rendre compte. C'est pour cela que j'ai changé d'éditeur aussi car j'ose croire que dans celle-ci on me dira vraiment que je me suis planté.
Ce jour-là vous vous tournerez vers le cinéma ?
Je suis un vrai cinéphile. Je dois avoir 3.500 DVD. J'ai longtemps voulu faire des films, mais j'ai compris récemment qu'il vaut parfois mieux continuer de rêver certaines choses. Quand j'écris, je fais ce que je veux. Au cinéma, il y a trop de décisionnaires, ce serait trop frustrant d'avoir un projet précis et de ne pas pouvoir le réaliser. Faire un scénario, pourquoi pas. Il y a des projets en cours mais je privilégie le roman.
A retrouver ici : http://www.evene.fr/livres/actualite/interview-maxime-chattam-theorie-gaia-1379.php
|